28 mars 2018

Devenir adulte a 40 ans


Avoir su ce qu'était devenir un adulte, j'aurais suivi Peter pan à Neverland

As-tu encore tes parents?  Si oui, font-ils encore partie intégrante de ta vie?  Je me considère réellement chanceuse d'avoir mes parents encore en vie et actifs.  Deux beaux modèles 1950. Quoiqu'ils aient eu comme intention, leur impact dans mon éducation et cheminement personnel est totalement différent l'un de l'autre. Ma mère a joué pleinement son rôle de mère au foyer; droite et fière, gardienne de l'éthique et des valeurs de coeur. Elle a été celle qui m'a transmis les outils fondamentaux pour être une jeune adulte épanouie. J'ai appris d'elle tout ce qui était nécessaire pour devenir autonome financièrement, gagner ma vie honnêtement et être suffisamment débrouillarde pour trouver les ressources nécessaires si besoin est.  Papa, lui, s'est retrouvé dans le rôle du pourvoyeur et présence masculine inaccessible jusqu'à ce que je devienne parent à mon tour.

Pourquoi est-ce que je te parle de mes parents ?  Quel est le rapport avec le titre ? Et bien, au moment où j'écris ces lignes, mon papa est aux soins intensifs depuis le 14 mars 2018 pour complications à une  opération cardiaque. Pendant quelques jours, nous avons craint pour sa vie, sommes passés à la possibilité d'amputation des deux jambes, à une dialyse à vie aux deux jours, à ... (on ne sait pas en date de ce jour encore la conclusion).



J'ai eu loisir de le regarder dans son lit d’hôpital, inconscient, et réaliser combien, oh non, je n'étais pas prête à devenir orpheline, même à 44 ans.  Est-ce possible d'être préparé à cet état de fait? Et complètement, sincèrement, égoïstement, j'ai réalisé la valeur de sa vie dans ma vie et... toute son utilité pratique versus une certaine maturité que je n'ai pas encore gagné.  Gosh.

Et puis, mon père est bien meilleur père depuis qu'il est grand-papa. D'inaccessible, il est devenu disponible, de distant, il est devenu aimant; c'est magique ce que peut faire l'amour de petits-enfants.  Et puis, il y a moi, qui réalise froidement, où je suis restée une adolescente de 15 ans.  En effet, depuis que mon père est devenu le père que j'aurais aimé avoir enfant, j'ai régressé dans certains domaines de ma vie.  Ma mère ne serait pas fière.

Donc, mon papa est aux soins intensifs et on ne sait pas encore dans quel état physique il va sortir de là. Et pourquoi est-ce si important que j'en parle ici sur mon blog de cheminement personnel ? Et bien, j'ai sous-évalué son importance dans ma vie quotidienne.

Ne pouvant parler que pour ma propre expérience, je n'ai aucune idée de comment les autres femmes de ma génération vivent leur relations fille-père, mais je suis certaine de ne pas être la seule dans ma situation.  Depuis mes 30 ans, la présence de mon père est devenue plus significative que celle de ma mère : il endossait activement, mais  à retardement, son rôle parental dans les moments importants de ma vie d'adulte : présent lors des visites de mes appartements en tant que célibataire, présent lors des visites de préachat de maison, présent pour mes rendez-vous avec mes enfants puisque je ne conduis pas, lors de mes déménagements, des sorties estivales avec les enfants, présent aux fêtes familiales alors même que mes parents sont séparés.  

Je ne sais pas si ce sont les remords qui l'ont poussé à se reprendre plus qu'il n'avait à le faire, mais il répondait présent, tant dans ma vie, que dans celle de ma soeur et de ses petits-enfants. A la blague, ma soeur et moi affirmions que nous avions un papa à temps partagé et qu'une chance qu'il n'avait pas eu plus de deux filles, il aurait manqué de temps, et ce, malgré qu'il soit retraité! Il était tout le temps là : rénovations, préparation de terrain, monter et défaire l'abri tempo, tondre le gazon, préparer le jardin, ouvrir et fermer la piscine, etc.  Pas le temps de se trouver une emploi; trop occupé avec ses filles ! Nous n'avons jamais abusé de lui, il savait refuser lorsqu'il le désirait. Je crois que nous comblions ainsi nos besoins réciproques : présence et utilité.

C'est bien beau tout cela. Malgré toute ma gratitude, je réalise que je ne suis pas prête à ne plus avoir son aide.  En fait, je suis prise au dépourvu sans lui.   Maman m'a bien montré le chemin de l'autonomie sur plusieurs plans, mais tout ce qui demande une force brute, une énergie masculine: je fais face à mon impuissance.  Je m'imagine faire toute seule toutes les tâches qu'il faisait pour moi et l'anxiété monte en flèche!  J'ai aucune aptitude aux travaux physiques et pire, je n'ai aucune motivation.  Je m'imagine devoir démonter mon abris tempo toute seule et je ne sais même pas comment je vais m'y prendre du haut de mes 4''11 p.  J'ai honte.   Oui.  J'ai besoin de mon papa.

Ayant traîner longtemps une certaine peur face aux hommes, exigeant de moi de démontrer en tout temps une indépendance et autonomie féroces, c'est la première fois que je réalise que j'ai besoin d'eux.  Ouach! Cette révélation m'a laissé un arrière goût de faiblesse non assumée.   Je prends conscience que ce n'est que devant mon père que je me suis permise d'être fragile, impuissante et incompétente.  Jamais devant nul autre.  Mes amoureux ont toujours eu a dealer avec une germaine ou une  femme supposément en plein contrôle.

Alors, sans papa, je ne pourrais plus cacher ces pans de ma vie où je me considère inutile et incompétente. Imagine comment je peux me sentir démunie actuellement. A sa sortie d'hôpital, papa sera dans la position de celui qui a besoin d'aide; serais-je à la hauteur ?

J'ai 44 ans d'âge biologique, mais souvent, j'ai 15 ans.  J'ai des insécurités d'adolescentes et des croyances limitantes à déloger.  J'ai bien beau être performante professionnellement et assez allumée spirituellement, il me reste des croûtes à manger pour être pleinement l'adulte que je suis appelé à être.

Ce qui est tragico-comique, c'est que j'ai tellement une image de la femme forte qui gère tout d'une main de fer, que les membres de ma famille immédiate m'ont nommé liquidatrice sur leur testament respectif, se confortant ainsi qu'une personne responsable comme moi saurait quoi faire en temps voulu : mais je panique juste à avoir à m'occuper de tout cela !  C'est tellement au-dessus de mes forces!  Vais-je être à la hauteur ?  Je pense à ça, et j'ai juste envie de retourner en enfance, insouciante, sans aucune responsabilité d'adulte.

Depuis que papa est hospitalisé, mes enfants ont aussi réalisé l'importance de leur grand-papa.  Étant cheffe de famille monoparentale, mon père a été présent plus souvent auprès d'eux que leur propre père.  Il est leur papa par procuration. Il était là aux visites scolaires, rendez-vous médicaux, sorties estivales, commissions, gardiens de service, etc.  

Et c'est là que tu réalise que la valeur d'une vie dépend de la valeur qu'elle a dans ta vie.

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As-tu comme moi des domaines dans lesquels tu aurais besoin de maturer, devenir plus autonome malgré ton statut d'adulte ?

Je ne suis pas contre le fait que nous soyons interdépendants et que chacun ait ses forces et talents à mettre à contribution, mais je vois comment je suis impuissante actuellement sans papa (ou tout autre présence masculine).

J'ai un conjoint qui est également monoparental. Il est pleinement occupé de son côté et n'a pas juste ça à faire de combler mes incompétences. Je dois aussi arrêter de me reposer sur les autres pour les tâches qui me puent au nez. Soit je me fais à l'idée de les prendre en charge en apprenant comment faire, soit je délègue certaines tâches à mes enfants (tondre le gazon, par exemple), soit je sous-traite et que je rémunère en conséquence (déneigement, rénovation, réparation, etc.).  Cela semble peut-être bien évident ou simple pour toi, mais pour  moi c'est actuellement l'Everest.  Et je ne suis pas très bonne alpiniste.  Je préfère la chute libre...

Existe-il des domaines pour lesquels tu ne te sens pas à la hauteur ?  Où tu crois toujours avoir besoin de l'aide de quelqu'un d'autre ? Les impôts ? Le ménage ? L'éducation des enfants ... ou du chien ? Le budget ? Etre un citoyen actif sur le marché du travail ? Arrêter de consommer ? Te couper les cheveux ? Éduquer ton chien, faire le ménage, réparer le toit, etc. ?   

J'aimerais beaucoup entendre d'autres expériences !








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